27.02.2007

Césars 07: les deux faces du cinéma français

medium_césar.jpgLady Chatterley et Gillaume Canet sont donc respectivement le meilleur film et le meilleur réalisateur français de l'année 2006. L'un n'est connu que des cinéphiles et/ou lecteurs de Télérama, Les cahiers et Les inrocks. L'autre est l'auteur du thriller hexagonal le plus populaire de l'année. L'un est adapté d'un roman medium_Lady_Chatterley.2.jpgde D.H Laurence daté du début 20ème et lorgne du côté des inoubliables 2 anglaises et le continent de Truffaut. Résultat : meilleur scénario adapté, meilleure actrice, meilleurs costumes (film d'époque oblige), meilleure photo (ah... toute cette verdure...). L'autre est adapté d'un récent best-seller d'Harlan Coben et tente clairement de se positionner dans un cinéma US estampillé 90's. Résultat: meilleur acteur (Cluzet), meilleur montage et meilleure musique (M). L'un stigmatise un cinéma d'autmedium_Ne_le_dis_à_personne.2.jpgeur français qui peine à exister (Pascale Ferran à mis une dizaine d'années pour signer son troisième film). L'autre incarne le jeune ciné branchouille apprécié des chaînes télé. Ils forment ensemble les deux faces de notre cinéma dit de l'exception culturelle. Le palmarès ne pouvait guère être plus juste... A côté de ça, deux Césars pour un joli téléfilm qu'on verrait bien en prime time sur France 3, Je vais bien, ne t'en fais pas. Un césar pour la présentatrice de la cérémonie, un autre pour Indigènes (meilleur scénario...), un tout petit pour le "cocasse" Oss117 (meilleurs décors) et un autre pour Les amitiés maléfiques, film peu fréquentable au demeurant. Terminons par les deux meilleures blagues de cette soirée : Dans la peau de Jacques Chirac sacré meilleur documentaire (arf) et Je vous trouve très beau meilleur premier (télé)film. Chapeau bas !

Aurélien D.

22.02.2007

Box-office France: c'est beau un taxi dans un stade...

medium_Taxi_4.jpgImaginez un taxi qui emmène une môme au stade Vélodrôme. Elle rencontre là-bas une bande de riches qu'on dit bronzés. "Amis pour la vie" lui expliquent-ils. Le soir venu, ils plantent une tente dans un camping en bord de mer. Quelqu'un dit "je vous trouve très beau". Un autre, "prête moi ta main", mais "ne le dis à personne", surtout pas au petit Arthur...  A en juger par le box-office français de ces 52 dernières semaines, ce début de synopsis devrait vous assurer un succès sans précédent dans notre bel Hexagone. Qu'il se porte bien le cinéma français ! Plus de 3 500 000 entrées en une seule semaine, rien qu'avec deux films, que dis-je ?, deux chef-d'oeuvres qui reflètent notre chère "exception culturelle" : Taxi 4 et La môme, oeuvres de Sir Besson et Dahan. Je ne regrette rien, non... à deux jours de Césars a priori peu enthousiasmants, je dis juste Vive le cinéma, vive le box-office français et vive le vide !

Aurélien D. 

21.02.2007

Instant critique: "La nuit au musée" de Shawn Levy

medium_La_nuit_au_musee.jpgL’indien du placard (95), Toy Story (96), Jumanji (96), Small Soldiers (98). Dix ans plus tard, La nuit au musée vient s’inscrire dans la lignée de ces quatre films qui ont en commun de faire vivre des jouets ou de créer un pont ludique entre des animaux et/ou des personnages a priori artificiels, et des humains. Shawn Levy (La panthère rose, sic.) n’ayant ni le brio artistique d’un Joe Dante ni l’intelligence d’un John Lasseter, c’est plutôt du côté  Joe Johnston ou de Frank Oz, réalisateurs respectifs de Jumanji et de L’indien du placard, que vient difficilement se placer cette nuit au muséum d’Histoire naturelle de New York, durant laquelle tous les personnages en cire et autres vitrines historiques prennent vie pour cohabiter dans un joyeux cirque. Spectateur impuissant de ces rencontres anachroniques entres des Huns, un T-rex squelettique, des légionnaires romains, Théodore Roosevelt, Christophe Colomb, l’homme de Néanderthal, des indiens et des lions, Ben Stiller incarne un gardien de nuit qui cherche simplement à reconquérir l’admiration de son fils. C’est probablement sur ce point que le film ne fonctionne pas. Là où nous aurions aimé épouser le point de vue de ces êtres de cire ou de plomb soudainement animés, La nuit au musée ne nous les présente qu’en arrière plan. Trois tours de manège et puis plus rien, si ce n’est une reconstruction du lien père-fils. On préfèrera oublier la pseudo histoire policière avec les trois anciens veilleurs de nuit à la retraite. Elle n’est là que pour regonfler en apparence un scénario qui ne va jamais plus loin que son concept initial. Présenter un musée comme une boîte de nuit géante pour suggérer que l’Histoire est vivante et intéressante aux yeux des enfants et de leurs parents, voilà ce que cherche à nous montrer cette production Chris Columbus, filmée par un mauvais tâcheron. Un film pour cancres, en somme.

 

Aurélien D.

16.02.2007

J'ai revu l'autre jour... "Mars Attacks !" de Tim Burton

medium_Mars_Attacks_.jpgC’est tout de même incroyable, me disais-je hier soir, calé dans mon fauteuil de spectateur, entouré des rires de l’assistance : Mars attacks ! était sorti quelques mois seulement après Independence Day… Oui, la farce sophistiquée de Tim Burton et le blockbuster du tandem Roland Emmerich/Dean Devlin ont été réalisés la même année, en 1996. C’est frappant : Mars attacks ! et ID4 ont le même scénario, les mêmes personnages et, dans une large mesure, les mêmes références. Seul le traitement diffère… et le succès en salles. Avec dix ans de recul, je ne peux m’empêcher de penser que l’échec au box-office américain de Mars attacks ! est particulièrement représentatif d’une société incapable de se moquer d’elle-même, mais en revanche prête à dérouler le tapis rouge pour un autre film traitant du même sujet, avec un sérieux consternant cette fois.

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14.02.2007

Le coin du court: "Ne sait quand reviendra" de Pierre Clouet et Matthias Billard

Annoncé depuis déjà un certain temps sur le site, projeté en clôture de la soirée Idea du mois dernier, Ne sait quand medium_article_ouest.JPGreviendra est désormais visible par tous ! Ce court-métrage de 34 min est le second opus du tandem Pierre Clouet-Matthias Billard, auteurs du remarqué La marche à 1000 temps (835 visionnages cumulés à ce jour rien que sur wat et dailymotion). Dans ce dernier, un homme décidait de compter jusqu'à 1000 avant de se donner la mort. Ne sait quand reviendra s'articule quant à lui autour du parcours initiatique d'un jeune homme, décidé à retrouver les traces de son père défunt pour mieux assumer sa paternité. Un film surprenant, à découvrir !

(+ d'infos dans l'article de Ouest-France ci-joint)

NB: Le temps de chargement de la vidéo peut être assez long. Aurélien D.

13.02.2007

J'ai revu l'autre jour... "Le pont des arts" d'Eugène Green

medium_Le_pont_des_arts.jpgSorti en novembre 2004, Le Pont des Arts est le troisième long-métrage d'Eugène Green, un cinéaste qui se situe, comme le film, au carrefour de bien des arts, le théâtre, la philosophie, la poésie et la musique.

Le scénario n'a rien de particulièrement novateur: deux histoires parallèles, de jeunes couples, étudiants sorbonnards ou agrégatifs, et une jeune chanteuse baroque, qui fait le lien, interprétée avec brio par Natacha Régnier. On est donc plongé dans un univers estudiantin parisien, assez proche de celui du récent Les Amitiés maléfiques (dans lequel Eugène Green joue; et Emmanuel Bourdieu fait une apparition dans Le Pont des Arts). Le film de Green se situe dans les années 1979-80, moment important de la culture frmedium_Le_pont_des_arts_2.jpgançaise, juste avant l'ère Lang et en plein essor du baroque musical William Christie ou Harnoncourt.

De beaux plans, posés, nous montrent ainsi un Paris hivernal très XIXème, peuplé d'artistes qui lisent Heidegger et s'offrent à Noël des sonnets de Michel-Ange. Ce qui choque le spectateur, dès les premières scènes, c'est la manière de mettre en scène les dialogues: les bras ballants, les acteurs déclament leurs répliques en sur-articulant et en osant des liaisons aux frontières des règles de grammaire... "Je ne suis pas d'accord [t]avec toi..." le tout filmé en gros plan, champ/contrechamp, et regards caméra... comme s'ils parlaient aux spectateurs. On ne peut s'empêcher de rire en entendant Denis Podalydès, en chef baroque "Innommable", aboyer toutes les deux minutes... On peut en tout cas s'interroger sur la légitimité de ce choix esthétique qui crée irrémédiablement une distance parfois comique, non seulement enmedium_Le_pont_des_arts_1.jpgtre nous et les acteurs, mais aussi entre le film et la réalité.

Au delà de ce que l'on pourrait juger comme du maniérisme, il faut bien reconnaître les nombreuses qualités du film: l'intrigue est bien menée,  les acteurs sont convaincants, la musique de Monteverdi est magnifiquement interprétée par Le Poème harmonique de Vincent Dumestre, et surtout ce flux à la fois philosophique et poétique nous emmène dans le baroque de notre existence, entre amour et désespoir; ce baroque, si cher au réalisateur, qui, comme on l'entend dans le film, court subrepticement de Corneille à Sartre, de Rameau à Messiaen.

La bande-annonce est accessible ici: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18371492&cfilm=56077.html 

Damien D.

12.02.2007

idea référencé sur boosterblog !

Idea est désormais référencé sur http://www.boosterblog.com !

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Le coin du court: "Duo Collector" de Cédric Leprettre et Julien Thoreux

medium_affiche_Duo_Collector.2.jpg

Etudiants à l'ESRA, Cédric Leprettre et Julien Thoreux ont réalisé en 2002 un court-métrage de 17min à l'esthétique remarquable. Tourné au Havre dans des 60's reconstituées avec les moyens du bord, Duo Collector est à voir comme un hommage aux films de gangsters de l'époque. L'esprit d'Audiard n'est pas bien loin...

Vous pouvez visionner ce film dans sont intégralité (au format real player) à l'adresse suivante:

 http://www.mouviz.com/films/film.php?film=duocollector

Pour lire un entretien avec les réalisateurs (où l'on apprend notamment combien le tournage fut difficile), c'est ici.

Si vous souhaitez davantage de renseignements sur les réalisations de ces deux jeunes cinéastes prometteurs, je vous renvoie au site de leur société de prod: http://membres.lycos.fr/firestudio/

Aurélien D.

Edito vidéo #2

Découvrez sans plus attendre le nouvel édito vidéo du créateur d'Idea, Aurélien D.


édito #2
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11.02.2007

"12h08 à l'Est de Bucarest" de Corneliu Porumboiu

medium_12h08_a_l_Est_de_Bucarest.jpgLa pratique quasi-systématique par les distributeurs français de réintituler les films venus d’Europe de l’est est symptomatique de la nouveauté que constituent dans le champ du cinéma d’auteur une génération de cinéastes marqués par la fin récente des régimes totalitaires. La formule est simple : le film est-il bosniaque ? On mettra « Sarajevo » dans le titre pour l’identifier clairement comme tel (Sarajevo mon Amour, ours d’or à Berlin en 2006). Est-il roumain ? Et vlan ! On case « Bucarest » (ce 12h08 à l’est de Bucarest, caméra d’or de la dernière session cannoise). Bien entendu, aucun rapport avec les titres originaux, mais ce phénomène traduit bien la peine qu’a à émerger dans un paysage cinéphilique comme le nôtre un cinéma issu de nations voisines mal connues du public ; aussi on se raccroche aux rares phonèmes connotant quelque chose de familier dans les grilles des programmes de cinémas art et essai. On ne pourra pas en vouloir aux distributeurs, c’est là un acte louable de donner la plus grande visibilité possible à ce cinéma spectaculairement primé qu’il faut encourager, mais c’est hélas révélateur de l’indifférence courante de l’opinion publique pour ces pays oubliés ou considérés comme quantité négligeable. Voilà six semaines que la Bulgarie et la Roumanie sont entrées dans l’UE, et la plupart des gens à qui j’en parle peinent à les situer sur une carte.

Le film de Corneliu Porumboiu ne leur donnera certes pas envie d’aller visiter l’un des deux nouveaux membres de l’Union : l’image de la Roumanie y est ici grisâtre, assez déprimante, et pour dire le vrai pas très éloignée de la réalité ; mais le scénario et la réalisation témoignent d’une lucidité et d’un humour rares. Le film raille ses personnages, mais c’est avec un esprit et un pince-sans-rire assez inédits au cinéma, et qui en ce sens exposent clairement ce que peut être la philosophie ordinaire des Roumains, et leur distance critique faite d’ironie et d’humour à froid (mais ô combien efficace !). Le réalisateur, au fond, se livre presque à l’entreprise des Lettres persanes version roumaine et, littéralement, en huis-clos : la seconde moitié du film, la meilleure, tient dans un principe simple et tenu au long court. Une émission télévisée cheap et en direct (qui dans son parti pris même, rappelle le cœur d’A Bout de Souffle dans la chambre à coucher ou le dernier tiers du Guépard, au bal), dans laquelle trois personnages se demandent si, en 1989, il y a eu une révolution dans leur pays, constitue le miroir de poche dans lequel la mauvaise foi et l’orgueil mal placé des Roumains se reflète humoristiquement. Porumboiu réussit le pari de rendre captivante, du début à la fin, cette très longue séquence, et de la rythmer de gags absurdes véritablement hilarants. Le choix de la petite télévision de province, aux moyens indigents et aux ambitions décalées fait, assurément, de ce film, un petit bijou où pointe quelque chose d’exemplaire.

Rodolphe B.

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