10.04.2007

"Terrain d'entente" de Bobby et Peter Farrelly

medium_Terrain_d_entente.jpgPassé totalement inaperçu à sa sortie en salle fin 2005, le dernier film en date de Peter et Bobby Farrelly est pourtant un bon film de plus à mettre au crédit des plus grands inventeurs de formes de la comédie américaine contemporaine. Loin des excentricités jubilatoires de leurs débuts, la trajectoire des Farrelly tend désormais vers un ton plus réfléchi et des blagues moins nombreuses, sans pour autant les faire rentrer dans le rang des comédies sentimentales trop fades. Fever Pitch, Terrain d'entente en français, est au départ un livre anglais mettant au premier plan la passion d'un supporter de foot. Production américaine oblige, le ballon rond est devenu baseball, mais le principe reste le même: comment conjuguer vie de couple et passion sportive, surtout quand cette dernière flirte avec la folie ? Si ce jeu avec le couple n'est pas sans rappeler le récent La rupture de Peyton Reed, les frères Farrelly apportent un rythme, des gags et un ton légèrement acide qui hissent le film au dessus du lot. Quant à Drew Barrymore, elle signe peut-être ici sa prestation la plus marquante. Ne vous fiez pas à son affiche un peu kitsch, Terrain d'entente vaut bien plus.

Aurélien D.

08.04.2007

"Spider-man 2.1" de Sam Raimi

medium_Spider-man_2.1.jpgNi director's cut ni véritable version longue, Spider-man 2.1 (dispo depuis mardi pour 9 euros) est simplement une version légèrement allongée et peaufinée du chef d'oeuvre de Sam Raimi. A quelques jours de la sortie de Spider-man 3 (le 1er mai en France), il convient en effet de rappeler que le deuxième volet des aventures de l'homme araignée est sans doute l'un des plus grands blockbusters des années 2000, et la meilleure suite d'une adaptation de comics depuis Batman returns. Dans cette véritable tragédie grecque aux accents parfois comiques, Peter Parker doit choisir entre une vie d'éternel teenager "dawsonnien" (c'est-à-dire incapable de sortir avec celle qu'il aime) et une vie de super-héros à temps plein. Dilemme cornellien auquel le film rmedium_spider-man_3.jpgépond de façon admirable et parfois délibérément absurde, en s'interrogeant sur la représentation qu'ont les citoyens du héros et donc sur son ancrage dans la société. Dans cette nouvelle version, l'inoubliable scène de l'ascenceur est rallongée, ainsi que plusieurs morceaux de bravoures, dont l'éblouissante séquence du tramway. L'occasion de vérifier que la mise en scène de Sam Raimi allie avec brio précision et efficacité. De quoi saliver avant de déguster Spider-man 3, extrêmement prometteur, ne serait-ce qu'en regard de son affiche.

Aurélien D.

07.04.2007

J'ai revu l'autre jour... "World Trade Center" d'Oliver Stone

medium_World_Trade_Center.jpgTout le monde attendait le dernier film du réalisateur de JFK et de Nixon comme un pamphlet contre l'Amérique de Bush. World Trade Center, premier film de fiction à traiter explicitement de l'effondrement des deux tours, réussit le pari un peu fou de ne presque pas parler politique, ni même terrorisme. Oliver Stone filme le 11 septembre à hauteur humaine et privilégie l'étude des ondes de chocs émotionnelles engendrées par l'attentat au spectaculaire à outrance. Sur le plan esthétique, on était en droit d'attendre du réalisteur de Tueurs-nés une mise en scène et un montage particulièrement nerveux, dans la mouvance de Vol 93 de Paul Greengrass. Là encore le film surprend en allant à contre-courant de la représentation 'live" qu'on a de la tragédie. Stone propose aux spectateurs des images extrêmement léchées, peu de mouvements de caméra et impose à chaque plan une durée sensiblement plus longue que ce que le cinéma hollywoodien nous offre aujourd'hui. Mieux, il ose plonger le spectateur au fond des décombres, en compagnie de deux personnages prisonniers de l'amas de pierres. Pendant près de la moitié du film, nous sommes ainsi confrontés à une fixité du cadre et du récit, particulièrement radicale et singulière pour un film à gros budget. On pardonnera à Stone quelques envolées lyriques et héroïques un peu trop insistantes pour ne retenir de World Trade Center que l'audace de sa mise en scène et sa dimension profondément Historique.

Aurélien D.

02.04.2007

J'ai revu l'autre jour..."A scanner darkly" de Richard Linklater

medium_A_scanner_darkly.jpgAdapté du roman éponyme de Philip K. Dick, A scanner darkly fut mal distribué au moment de sa sortie en salle. Le DVD désormais dispo un peu partout permet de revoir ce qui demeure sans conteste l'une des entreprises cinématographiques les plus intrigantes de l'an passé. Produit par George Clooney et Soderbergh, réalisé par Richard Linklater et interprété notamment par Keanu Reeves, Winona Ryder, Woody Harrelson et Robert Downey Jr., A scanner darkly surprend par son esthétique à base de rotoscopie connue des gamers depuis un certain temps (depuis Jet set radio, je crois). A mi-chemin entre le film live et le délire animé, A scanner darkly se montre particulièrement intéressant dans les rares scènes de schyzophrénie profonde, lorsque le perso de Keanu Reeves, vêtu d'une combinaison qui lui permet de brouiller son apparence physique, se voit contraint de s'observer vivre dans une sorte de loft télévisuel passé sous acide. Cette piste est malheureusement peu exploitée dans la suite du film, dont la fin paraît un peu trop expéditive. En dépit de ses faiblesses, A scanner darkly, présenté à Cannes et à Deauville l'an passé, est un objet si intrigant qu'il mérite d'être (re)découvert.

NB: le film n'est visible, même sur le DVD, qu'en VO sous-titrée.

Aurélien D. 

07.03.2007

J'ai revu l'autre jour... "Solaris" de Tarkovski

medium_Solaris_MK2.jpgSolaris est une œuvre mythique, à juste titre considérée comme le summum de la science-fiction métaphysique, aux côtés de 2001 ; mais surtout : Solaris n’est pas un film de science-fiction. C’est un film de Tarkovski, et ça, c’est un genre en soi. La carrière du cinéaste russe, étalée sur vingt-cinq ans, est à la fois pauvre et riche : pauvre parce qu’elle ne compte que sept longs-métrages, riche parce que ces sept longs-métrages sont tous des chefs d’œuvres incontestés. Au sein de cette filmographie qu’on peut sans nul doute qualifier d’essentielle dans l’histoire du cinéma, Solaris occupe la troisième place, après L’Enfance d’Ivan qui donne dans le film de guerre, et Andrei Roublev qui est une grande fresque de la Russie médiévale. Ces genres, Tarkovski les a abordés magistralement, il s’en est approprié les codes, et y a insufflé un souffle étrange. Mais avec Solaris naît un genre nouveau : le film de Tarkovski.

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16.02.2007

J'ai revu l'autre jour... "Mars Attacks !" de Tim Burton

medium_Mars_Attacks_.jpgC’est tout de même incroyable, me disais-je hier soir, calé dans mon fauteuil de spectateur, entouré des rires de l’assistance : Mars attacks ! était sorti quelques mois seulement après Independence Day… Oui, la farce sophistiquée de Tim Burton et le blockbuster du tandem Roland Emmerich/Dean Devlin ont été réalisés la même année, en 1996. C’est frappant : Mars attacks ! et ID4 ont le même scénario, les mêmes personnages et, dans une large mesure, les mêmes références. Seul le traitement diffère… et le succès en salles. Avec dix ans de recul, je ne peux m’empêcher de penser que l’échec au box-office américain de Mars attacks ! est particulièrement représentatif d’une société incapable de se moquer d’elle-même, mais en revanche prête à dérouler le tapis rouge pour un autre film traitant du même sujet, avec un sérieux consternant cette fois.

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13.02.2007

J'ai revu l'autre jour... "Le pont des arts" d'Eugène Green

medium_Le_pont_des_arts.jpgSorti en novembre 2004, Le Pont des Arts est le troisième long-métrage d'Eugène Green, un cinéaste qui se situe, comme le film, au carrefour de bien des arts, le théâtre, la philosophie, la poésie et la musique.

Le scénario n'a rien de particulièrement novateur: deux histoires parallèles, de jeunes couples, étudiants sorbonnards ou agrégatifs, et une jeune chanteuse baroque, qui fait le lien, interprétée avec brio par Natacha Régnier. On est donc plongé dans un univers estudiantin parisien, assez proche de celui du récent Les Amitiés maléfiques (dans lequel Eugène Green joue; et Emmanuel Bourdieu fait une apparition dans Le Pont des Arts). Le film de Green se situe dans les années 1979-80, moment important de la culture frmedium_Le_pont_des_arts_2.jpgançaise, juste avant l'ère Lang et en plein essor du baroque musical William Christie ou Harnoncourt.

De beaux plans, posés, nous montrent ainsi un Paris hivernal très XIXème, peuplé d'artistes qui lisent Heidegger et s'offrent à Noël des sonnets de Michel-Ange. Ce qui choque le spectateur, dès les premières scènes, c'est la manière de mettre en scène les dialogues: les bras ballants, les acteurs déclament leurs répliques en sur-articulant et en osant des liaisons aux frontières des règles de grammaire... "Je ne suis pas d'accord [t]avec toi..." le tout filmé en gros plan, champ/contrechamp, et regards caméra... comme s'ils parlaient aux spectateurs. On ne peut s'empêcher de rire en entendant Denis Podalydès, en chef baroque "Innommable", aboyer toutes les deux minutes... On peut en tout cas s'interroger sur la légitimité de ce choix esthétique qui crée irrémédiablement une distance parfois comique, non seulement enmedium_Le_pont_des_arts_1.jpgtre nous et les acteurs, mais aussi entre le film et la réalité.

Au delà de ce que l'on pourrait juger comme du maniérisme, il faut bien reconnaître les nombreuses qualités du film: l'intrigue est bien menée,  les acteurs sont convaincants, la musique de Monteverdi est magnifiquement interprétée par Le Poème harmonique de Vincent Dumestre, et surtout ce flux à la fois philosophique et poétique nous emmène dans le baroque de notre existence, entre amour et désespoir; ce baroque, si cher au réalisateur, qui, comme on l'entend dans le film, court subrepticement de Corneille à Sartre, de Rameau à Messiaen.

La bande-annonce est accessible ici: http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18371492&cfilm=56077.html 

Damien D.

11.02.2007

J'ai revu l'autre jour..."Le nouveau monde" de Terence Malick

medium_Le_nouveau_monde_2.jpgLe Nouveau monde ou l’épopée qui dit non…

Le dernier Malick pourrait facilement se présenter comme le premier volet d’une longue épopée retraçant l’histoire des Etats-Unis d’Amérique : comme toute œuvre de ce genre, le film multiplie les personnages hauts en couleur (non pas un héros, mais plusieurs), les situations mémorables, une temporalité étalée sur plusieurs années, et une narration extrêmement étendue, et omnisciente. A un moment précis, devant la tournure que prenait le récit de Malick, je me suis fait la réflexion que le cinéaste osait quelque chose de courageusement épique (au sens générique) la plupart du temps ignoré par les réalisateurs hollywoodiens : le personnage interprété par Christian Bale (qui apparaît pour la dernière partie du film) ravit à celui interprété par Colin Farrel à la fois son rôle d’amoureux de Pocahontas, et celui de héros du film. A ce moment, donc, j’ai cru que Malick avait osé un film linéaire certes, mais sans personnage principal, où c’est davantage l’histoire d’un lieu et/ou d’une nation qui est racontée, que celle de personnages ; et où, par conséquent, ceux-ci n’occupent que provisoirement le centre du récit, l’œuvre passant d’une intrigue à une autre par le biais d’un personnage-relais (chacun de ces personnages changeant d’une transition à l’autre) au service d’une relation ambitieuse. Telle est la définition de l’épopée. Mais de manière très décevante (sans doute étais-je d’autant plus déçu que sitôt cette réflexion faite, au bout d’un long moment tout de même, le film m’a contredit), le dernier quart d’heure me montre que ce film est un film sur Pocahontas, et rien d’autre ; le « nouveau monde » du titre n’est même plus le théâtre de la conclusion du film. J’aurais aimé suivre le fils à la fin, dans son retour en Virginie. Ce film aurait été une épopée... Mais là n’est pas la question la plus intéressante.

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07.02.2007

J'ai revu l'autre jour..."Tideland" de Terry Gilliam

medium_Tideland.jpgComme dans tout film de Terry Gilliam, la folie est au cœur de Tideland : jamais un cinéaste n’aura exploré avec autant de jubilation et d’originalité la démence de ses personnages comme celle du monde qui leur sert de décor. On ne sait jamais vraiment quelle folie déteint sur l’autre, si la perte des repères des personnages conditionne celle de leur monde, perçu à travers le prisme de leur désorientation, ou si ce monde produit lui-même, par son dérèglement, les cinglés qui intéressent Gilliam. Ici, le traitement par le cinéaste de sa question fétiche interroge ce que la folie peut avoir de profondément salvateur. La jeune Jeliza-Roze vit partagée entre sa lecture d’Alice au Pays des Merveilles et la crasse glauque dont l’entourent ses parents junky au début du film. La référence à l’œuvre de Lewis Carroll est constante du début à la fin (le titre original du film, Roze in Tideland, calque d’ailleurs explicitement Alice in Wonderland), mais comme pour la mieux détourner : si Alice plonge dans le monde de ses rêves pour échapper à l’ennui de son quotidien de jeune fille de bonne famille, Jeliza-Roze s’engouffre dans le sien mue par un instinct de survie, du genre dernier recours.

La folie de la petite fille n’est ainsi pas synonyme d’inconscience, comme c’est le cas des autres personnages, ses parents, Dell et Dickens, ou de tant de héros de Gilliam ; son sens des réalités est au contraire tel qu’il empêche parfois la folie des autres d’atteindre un point de non-retour. Sa folie est comparable à une couverture qu’elle revêt pour éviter d’être tout à fait happée par la réalité barrée des autres, véhicule de mort du début à la fin.

Je crois qu’on ne peut décidément qu’admirer Terry Gilliam pour cette aptitude à faire partager le délire de ses personnages (et le sien propre) d’une manière aussi oppressante et impressionnante, sans pourtant jamais verser dans le tape-à-l’œil ou le désespérément creux. S’il ne peut s’empêcher de mettre en scène plusieurs séquences oniriques, où le film se pare dans sa forme et son contenu des atours de l’imagination de Jeliza-Roze, il parvient à éviter le systématisme qui fait tant de torts au Big Fish de Burton (auquel, d’une certaine, manière, on ne peut éviter de le comparer, ne serait-ce que visuellement), pour mieux laisser affleurer, par la simple suggestion et l’incertitude des perceptions visuelles et sonores, la magie et l’horreur qui entourent l’héroïne. Jeliza-Roze reste ainsi perpétuellement en équilibre entre la conscience de la réalité qui est la sienne, et la folie qui permet de jeter un voile sur cette dernière, et en fin de compte de la supporter malgré tout. 

NB: cet article était déjà paru il y a quelques mois sur l'ancienne version de notre site.

Rodolphe B.

03.01.2007

J'ai revu l'autre jour... "Le sens de la vie"

medium_Le_sens_de_la_vie.jpgRevoir le déjanté The Meaning of life plus de vingt-cinq ans après sa réalisation laisse une impression étrange. Les Monty Python, ces incomparables comiques apparus sur la télévision britannique des années 70, semblaient alors ne craindre de blesser aucune fierté communautariste, quelle qu’elle soit. De manière aussi cruelle qu’hilarante, après Sacré Graal et La vie de Brian, la furieuse équipe de comiques s’en prend tout particulièrement, dans ce film, à des sujets qui fâchent et qui aujourd’hui, peut-être plus qu’hier sont tabous : la sexualité des jeunes enfants, l’obscurantisme des extrémismes religieux et la déconfiture politique de l’occident, miné par le conservatisme et le capitalisme sauvage.

On sait que l’humour britannique a une tendance à la subversion nettement plus prononcée qu’en France. Mais ce n’est pas tant la distance géographique que temporelle qui laisse à penser qu’aucun film de cet acabit ne pourrait sortir aujourd’hui, sans recevoir les foudres de la bien-pensance contemporaine qui voudrait qu’on ne puisse plus rire de rien, et surtout pas de la religion. Le tollé produit par les caricatures danoises de Mahomet ont confirmé que, même sous la forme de l’humour, la liberté d’expression ne peut s’épancher que dans le très étroit cadre d’un politiquement correct dicté par la trouille de froisser telle religion ou telle communauté socio-politique. Alors, quoi ? En 1982, l’opinion publique était-elle moins frileuse, ou bien les Monty Python étaient-ils plus téméraires face aux froides récriminations des froussards au pouvoir (ou pas) ? Oh, ils ne s’en prennent certes presque pas aux Musulmans (c’est la religion catholique qui écope le plus, dans ce film), mais après tout les caricatures de Mahomet figuraient elles aussi parmi une série de dessins tournant en dérision toutes les grandes religions. Et les trop sérieux ou trop peureux grands dirigeants européens de condamner illico les caricatures représentant uniquement l’Islam. De même, la récente condamnation officielle par le gouvernement belge du canular de la RTBF, qui avait le courage de poser des questions que personne ne formulait autrement, me laisse penser que si même la plus grande nation réputée pour ses blagues fronce les sourcils devant la première plaisanterie médiatique osée, le monde a décidément perdu le sens de l’humour.

Rodolphe B.